Mathieu da Costa, un premier Noir à ne pas oublier !

Je me souviens que l’histoire des Noirs en Amérique n’est pas seulement une histoire d’esclavage. Mathieu da Costa est le premier Noir à poser le pied en Acadie et en Nouvelle-France.[1]  Considéré comme l’interprète de Champlain, son rôle est demeuré marginalisé. Pourtant cet homme libre engagé par Champlain, qui connaissait le basco-algonquin en usage sur la côte Atlantique,[2] fut un atout pour les expéditions de ce dernier.  

On connait peu de choses sur da Costa. Les archives hollandaises nous informent qu’il a signé un lucratif contrat de trois ans à Amsterdam en 1607. Sa mention dans les archives hollandaises provient de son enlèvement au large de Tadoussac par les Hollandais, lors de la capture de deux navires de Champlain. Pierre Dugua de Mons se rendit à Amsterdam pour contester la saisie des navires et réengager da Costa au service de Champlain.[3]

La France souhaite établir des relations avec les autochtones pour le commerce de la fourrure et leur conversion à l’Église catholique : une façon détournée de les soumettre à l’autorité divine du roi de France.  Toutefois, il sera plus facile d’ensauvager un Français que d’européaniser un Autochtone, d’où l’usage du terme canadien pour désigner les colons français en Nouvelle-France.  

Les autochtones du golfe Saint-Laurent, conscients qu’un Nouveau Monde émergera des contacts outre-mer, veulent intégrer les technologies européennes à leur mode de vie.  Depuis de nombreuses années, ils échangent des produits avec des pêcheurs européens. En 1534, Jacques Cartier fut envoyé par François 1er, suite à l’annexion de la Bretagne à la France : les fourrures de qualité rapportées par les pêcheurs bretons feraient compétition aux Hollandais traitant la fourrure de Russie. Pour les autochtones, une alliance officielle avantagerait leurs réseaux commerciaux. [4]

En 1606, Champlain fonde l’Ordre de Bon Temps en Acadie: un événement festif hebdomadaire en collaboration avec les Micmacs.[5] La présence de Mathieu da Costa à cette tablée en compagnie de Champlain et de Membertou, le chef micmac, a dû contribuer à l’espoir d’un Nouveau Monde fraternel réunissant les gens de divers continents.

En Nouvelle-France, la présence de Mathieu da Costa à Tadoussac, où fut signée la Grande Alliance, démontra sans doute qu’une alliance était déjà possible avec des personnes visiblement d’horizons différents. Sa présence contribua sans doute à la naissance de cet esprit fraternel qui animera les relations des Canadiens d’origine aux autochtones du continent. 

Cette relation fraternelle favorisant l’expansion du réseau de traite des fourrures donnera sa dimension continentale à la Nouvelle-France. Cette ouverture bienveillante à l’autre marque l’esprit des Francophones d’Amérique. Par ailleurs, la fondation de Chicago est attribuée à Jean Baptiste Pointe du Sable, un mulâtre d’Haïti. Son comptoir commercial ouvert en 1779 à l’embouchure de la rivière Chicago eut un tel succès auprès des coureurs des bois francophones et des Amérindiens qu’il devient la première installation permanente de la ville.  À l’instar de plusieurs Canadiens d’origine, il maria la fille d’un chef autochtone.[6]

Le premier esclave noir au pays fut amené par les Anglais.  Racheté aux frères Kirke lors de la rétrocession de Québec en 1632, il prit le nom d’Olivier Le Jeune lors de sa conversion à la religion catholique.  Travailleur domestique, il serait mort en homme libre.[7]

Au Canada, le premier Noir que les Français amènent, c’est pour l’asseoir à la table avec eux; le premier Noir que les Anglais y amènent, c’est pour les servir à leur table.  Dire que les blancs sont tous pareils est aussi faux que de parler de deux peuples fondateurs partageant une même histoire : le terme comparatif, Canadien français, rabaisse subtilement la culture francophone d’Amérique.

Bastien Guérard, 2021


[1] http://www.histoiredesnoirsaucanada.com/timeline.php?id=1600 en ligne 18 août 2020

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mathieu_da_Costa en ligne 18 août 2020

[3] https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mathieu-da-costa en ligne 18 août 2020

[4] Delâge, Denys, Le Pays renversé, Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est – 1600-1665, Boréal, 1991 p104

[5] Lacoursière, J., Histoire populaire du Québec, Edition septentrion, 1995 p.40

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Baptiste_Pointe_du_Sable en ligne 18 août 2020

[7] https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/population/esclavage/ en ligne 14 septembre 2020